Interview
Voici une interview exclusive de Nathalie qui a visité les deux îles de Nouvelle-Zélande et partage ses expériences.
Rencontre avec Nathalie.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Nathalie connait bien la Nouvelle-Zélande. L'échange qui va suivre devrait être très utile à tous ceux qui préparent un séjour, notamment en camping-car.
Guillaume : Peut-être est-ce lié aux films de Peter Jackson, d'où te vient cette passion pour la Nouvelle-Zélande ?
Nathalie : Pour commencer, ce n'est pas à cause de la trilogie du Seigneur des anneaux. En 2009 j'ai vu un superbe documentaire à la télévision qui m'a rappelé le souvenir d'un cours de géographie au collège. Le professeur, avec l'aide d'un globe terrestre, nous posait la question de savoir quel pays se trouve sous nos pieds si l'on traverse notre planète Terre par son centre ? La réponse était la Nouvelle-Zélande et cela m'avait marquée. Puis on commençait à parler de la Coupe du Monde de Rugby de 2011 alors je me suis documentée grâce aux guides touristiques et les livres d'Histoire... il ne faisait aucun doute que j'allais succomber à la beauté de ce pays.
Guillaume : Tu as visité le pays à deux reprises (en 2010 et 2014), quel est ton plus beau souvenir ?
Nathalie : Si je dois vraiment n'en donner qu'un seul, ce sera très difficile... Même si j'ai adoré le Tongariro Alpine Crossing sur l'île du Nord, je dirai Roys Peak à Wanaka sur l'île du Sud ! Le sommet offre une vue à 360° à couper le souffle sur les sommets enneigés et les glaciers de Mount Aspiring National Park.
Une passion pour Wellington.
Je suis moi-même un inconditionnel de Wellington, et toujours heureux de rencontrer des voyageurs qui apprécie également cette ville qui ressemble à San Francisco. Windy Welly (comme on la surnomme) figure en 13e place des villes les plus agréables au monde (indice Mercer).
Guillaume : Quelle ville as-tu préférée durant ton séjour et pour quelles raisons ?
Nathalie : J'ai eu un coup de cœur pour Wellington. Je l'ai visité durant deux jours, juste après une forte tempête (je n'ai quasiment pas eu de vent durant mon séjour). C'est une ville très dynamique et à taille humaine. Elle possède une ambiance intimiste, car tout est concentré autour du front de mer (que ce soit pour les musées, les restaurants, les boutiques). Depuis quelques années, la ville réhabilite d'anciens docks en commerces et en galeries d'art. Et comment ne pas succomber aux belles maisons en bois qui sont à flanc de collines tout autour ?
Guillaume : Sans oublier qu'il y a même des plages et des dauphins qui nagent au large...
Nathalie : Oui, et la vie culturelle est très riche toute l'année. J'ai adoré visiter le musée Te Papa (j'y suis allée deux après-midi de suite et je n'ai pas encore fait le tour !). J'ai laissé mon camping-car au Waterfront Front Motorhome Park, car tout est à 10-15 minutes à pied, que ce soit les restaurants, musées, Westpac Stadium pour assister aux matchs de rugby… Il faudra que je retourne à Wellington lorsqu'elle sera vraiment sous le vent et je vous dirai si je l'aime toujours autant.
Planifier, mais savoir improviser.
La Nouvelle-Zélande est un pays ou la météo peut changer fréquemment durant une même journée. Ce qui complique parfois le séjour des vacanciers dont les réservations hôtelières ne peuvent être modifiées à la dernière minute. Heureusement, Nathalie disposait d'un camping-car.
Guillaume : As-tu modifié ton itinéraire en cours de route à cause de la météo ?
Nathalie : Oui et je faisais surtout en fonction de la météo, car quelque soit la destination, je reste toujours open une fois sur place et je m'adapte. Dans mon circuit prévisionnel, je m'étais réservé une journée de marge par semaine en cas de mauvais temps pour maintenir telle ou telle randonnée que je voulais absolument faire, ou pour pouvoir éventuellement rester plus longtemps à un endroit qui le méritait.
Guillaume : Peux-tu nous donner quelques exemples où le camping-car t'a permis de changer d'itinéraire à la dernière minute ?
Nathalie : Initialement, j'avais prévu trois jours au Mont Cook (dont une de marge) et contrairement à 2010 où je n'avais pu faire aucune randonnée à cause de fortes pluies, j'ai eu très beau temps. La journée gagnée m'a permis de visiter la péninsule de l'Otago (que je n'avais pas envisagé initialement. J'ai dû écourter une rando à Punakaiki en raison d'une montée des eaux. À la place, j'ai fait un petit détour par Nelson Lakes National Park. Dans la région d'Abel Tasman, j'avais prévu de passer trois jours, mais une forte tempête se présentait et je n'ai pu y rester qu'une journée.
Guillaume : Quel dommage, le parc avec ses plages de sable orangées est vraiment magnifique habituellement... qu'as-tu fait à la place ?
Nathalie : J'ai visité un musée loufoque à Nelson et grâce au billet open du Ferry j'ai reculé la date de la traversée ce qui m'a permis de passer trois jours à Wellington au lieu de deux. Je suis régulièrement sortie des sentiers battus en prenant des routes secondaires ou des routes de gravier. Le GPS est fortement recommandé car l'on s'égare très facilement, mais c'est tellement gratifiant de tomber sur des paysages à couper le souffle et des lions de mer alors qu'il n'y a personne aux alentours !
Conduire un camping-car en NZ.
À l'heure de faire un choix, de nombreux voyageurs hésitent entre la voiture et le camping-car. La perspective de conduire un véhicule aussi imposant a de quoi décourager les débutants. Mais Nathalie n'a pas hésité, et son opinion sur la question peut vous aider à vous lancer.
Guillaume : Quels conseils donnerais-tu à ceux qui n'ont jamais conduit de camping-car et qui appréhendent avant le départ ?
Nathalie : J'ai pris une boîte automatique pour me faciliter la vie et me concentrer uniquement sur la route et les paysages. Il ne faut pas avoir peur de se lancer. Ce n'est pas plus compliqué que de conduire un utilitaire lorsque l'on déménage. La conduite est un peu déroutante au début, car l'on roule à gauche avec un volant à droite, mais l'on s'habitue vite. Le camping-car est plus lourd qu'une voiture, il faut adapter sa conduite car les distances de freinage sont rallongées.
Guillaume : Typiquement, faut-il faire plus attention dans les virages ?
Nathalie : Il faut être attentif aux panneaux losange jaunes avec une flèche et une indication de vitesse. Ils indiquent que vous devez prendre le virage en respectant exactement la vitesse indiquée. Les virages sont souvent en épingle sur les routes montagneuses ou forestières. Il m'est arrivé une seule fois de ne pas freiner à temps sur une route glissante, et cela a été suffisant pour que je me retrouve sur la file de droite en contre sens. Heureusement pour moi, il n'y avait personne en face autrement c'était l'accident assuré !
Guillaume : On l'aura compris, il faut être vigilant pour que tout se passe bien. Est-ce plus simple à conduire en pleine nature ou en ville ?
Nathalie : Attention aux arbres et aux branches et même au relief en montagne lorsque l'on croise d'autres véhicules de même gabarit sur des routes étroites. Le conseil reste valable en ville où il y a des devantures/pergolas devant les magasins le long des trottoirs pour se protéger de la pluie. Si la route est légèrement descendante vers le caniveau, le camping-car penche de quelques centimètres et peut toucher les devantures. Prenez garde aussi à la largeur dans certains tunnels à voie unique.
Guillaume : Et pour se garer ? Car c'est la question que l'on nous pose le plus souvent sur Kiwipal. Comment cela se passe ?
Nathalie : La visibilité juste derrière le camping-car est complètement nulle et il est préférable qu'un second passager descende pour guider le conducteur. Pour des raisons de sécurité, la bouteille de gaz doit être systématiquement fermée lorsque le véhicule est en circulation. Toutes les affaires et autres ustensiles à l'intérieur doivent être rangés dans les placards et ces derniers biens fermés (c'est du vécu...).
Faut-il visiter une île en priorité ?
À force de recevoir cette question, je me suis décidé à la poser lors d'une interview. La réponse de Nathalie ne m'a pas étonné, car la plupart des voyageurs partagent son avis au retour en France.
Guillaume : Alors voici une question un peu polémique, peut-on se contenter de visiter l'île du Sud ?
Nathalie : Ah le débat Sud ou Nord qui m'exaspère un peu je l'avoue ! Nous n'avons pas tous les mêmes goûts. Pourquoi vouloir faire absolument comme les autres ? Les deux îles sont véritablement différentes et méritent chacune d'être explorées. L'île du Sud est marquée par ses montagnes, ses fiords et ses glaciers et il faut avouer que la plupart des activités dites “ extrêmes” s'y trouvent, notamment à Queenstown. Mais savez-vous que vous pouvez faire une chute libre à Taupō pour 100 $NZ moins cher qu'à Queenstown ?
Guillaume : Il faut d'ailleurs rappeler que l'île du Nord est la plus peuplée et que son relief n'en demeure pas moins spectaculaire, avec en outre un climat plus clément.
Nathalie : L'île du Nord est volcanique avec des phénomènes géothermiques actifs. Imaginez prendre un bain d'eau douce chaude sur une plage à marée basse ! C'est possible à Hot Water Beach ! Ce n'est pas pour rien qu'on la surnomme “l'île fumante”. Et si vous cherchez la baignade, il sera plus facile d'en profiter sur l'île du Nord dans une crique de Bay of Islands ou à Cathedral Cove que dans l'ile du Sud où l'eau est nettement plus froide... sans oublier les sources thermales aux alentours de Rotorua.
Se préparer pour les randonnées
Avec ses quatorze parcs nationaux, la Nouvelle-Zélande possède des randonnées exceptionnelles dont le niveau varie considérablement. Nathalie possède un excellent niveau d'endurance et son expérience du terrain devrait vous aider à planifier votre séjour.
Guillaume : Quel niveau d'entrainement faut-il pour suivre les grandes randonnées ?
Nathalie : Ce sont des sentiers de randonnée à la journée ou sur plusieurs jours. De bonnes chaussures de marche sont obligatoires et il faut avoir une bonne condition physique et un minimum d'habitude de la marche en montagne (avoir le pied montagnard est un gros plus). Je recommande quelques connaissances en secourisme en cas d'accident, car le réseau de téléphone est souvent inexistant. Les chemins sont bien balisés, mais ne sont pas systématiquement entretenus. Vous pouvez avoir quelques passages techniques à gérer comme des gués ou des rivières avec de l'eau jusqu'aux genoux.
Guillaume : Mis à part le Tongariro Crossing, la plupart des grandes randonnées se déroulent sur plusieurs jours. Quel est le rythme ?
Nathalie : Si vous suivez une “Great Walk” de plusieurs jours, vous devez supporter quatre à huit heures de marche par jour avec votre équipement complet (rechange, couchage, réchaud, bouteille de gaz, provisions...) soit de 7 à 15 kilos sur le dos. Vous partagez les nuits en refuge avec d'autres randonneurs (réservation obligatoire et payante en haute saison). Je suis très sportive et bien entraînée pour ce type de marche. Ma vitesse moyenne se situe entre 4,7 et 5,2 km/h selon le relief. Si vous êtes habitué à de la ballade sans dénivelé avec une vitesse moyenne de 2 km/h, et si vous ne pratiquez aucun sport régulier, vous aurez du mal à suivre les “Great Walks” car les dénivelés sont importants et les terrains accidentés. Optez plutôt pour des sentiers de promenade (souvent accessibles aux personnes à mobilité réduite) bien balisés et entretenus: une simple paire de baskets suffira.
Guillaume : Et en admettant que l'on manque d'exercice, et que l'on souhaite préparer le Tongariro Crossing ou même le Milford Track sur trois à cinq jours, quel serait l'entrainement à suivre ?
Nathalie : Je conseille deux séances de course à pied d'une demi-heure par semaine. Il vaut mieux s'y mettre trois ou quatre mois avant le départ et augmenter progressivement la durée des sorties jusqu'à pouvoir tenir 45 à 60 minutes pour améliorer l'endurance. Marchez tous les week-ends de 5 à 6 h minimum, avec un sac à dos de 4 à 10 kg, et si possible sur terrain accidenté. Attention ne jamais partir en randonnée sans avoir étudié un minimum le circuit. Il faut connaître à l'avance les difficultés, posséder le matériel adéquat et être à l'écoute de son corps. La veille du jour J consultez le bulletin météo ou les horaires des marées, il en va de votre sécurité.
L'accueil des Néo-Zélandais.
Les avis divergent sur l'origine du sens de l'hospitalité des Néo-Zélandais. Ce qui est certain en revanche, c'est le caractère profondément généreux et accueillant de la population locale. Et Nathalie peut en témoigner comme la plupart des voyageurs.
Guillaume : Comment trouves-tu les Kiwis par rapport aux Français ?
Nathalie : Ce qui m'a frappé, c'est leur sens de l'hospitalité même face à des inconnus. C'est assez déconcertant de prime abord car ils montrent une spontanéité et une disponibilité qui donne l'impression qu'ils sont toujours à disposition. Ils n'hésitent pas à porter assistance pour le moindre problème sans même qu'on leur demande. Les mots entraide et partage sont inculqués aux enfants dès leur plus jeune âge.
Guillaume : Peux-tu nous raconter une petite anecdote qui résume bien le caractère des habitants ?
Nathalie : J'ai ce souvenir mémorable lors de mon road-trip, à Thames (Coromandel), d'une famille Kiwi de passage en vacances qui jouait au cricket en plein milieu du camping où je comptais passer la nuit. J'encourageais le petit dernier qui avait du mal à frapper la balle avec une batte trop lourde. Après plusieurs renvois ayant atterri au pied de mon camping-car, les parents m'ont tout simplement invité à venir jouer avec eux. Nos avons terminé la partie autour d'un apéro improvisé et constaté combien ils sont fiers que l'on s'intéresse à leur petit pays au bout du monde. Ils m'ont demandé d'où je venais, si je pratiquais un sport, où j'étais allée en Nouvelle-Zélande... C'est une manière de vivre dans la laquelle je me reconnais pleinement, mais qui se fait rare en France.
Un avenir en Nouvelle-Zélande ?
Il n'est pas rare qu'un séjour de quelques semaines donne envie de revenir en Nouvelle-Zélande pour s'y installer définitivement. Mais la démarche est loin d'être aisée, le pays étant particulièrement strict en matière d'immigration.
Guillaume : Avec tout l'intérêt que tu portes à ce pays magnifique, il est légitime de te demander si tu as songé à devenir Kiwi un jour ?
Nathalie : Oui ! Dès le retour de mon premier voyage en décembre 2010, j'en ai rêvé pendant des mois jour et nuit. J'avais commencé les démarches comme faire traduire mes diplômes et documents importants par un cabinet de traduction néo-zélandais (attention il faut prendre un cabinet autorisé par l'immigration). Seulement je n'avais plus droit au Programme Vacances Travail et je travaille dans un domaine (comptabilité & gestion) qui ne fait pas partie de la liste des métiers très recherchés. Mon diplôme français de BTS Comptabilité et Gestion n'est pas encore reconnu en Nouvelle-Zélande sans possibilité de passer une équivalence.
Guillaume : Quelles sont les démarches que tu as effectuées ?
Nathalie : Il me faudrait un Visa de travail dont l'obtention fonctionne avec un système de points, sans oublier les frais annexes exigés avant de déposer la demande et non remboursés en cas de refus. De mémoire, hors frais de visa (qui devait être de 250 euros), il faut débourser au minimum 500 euros en visites médicales. Sans parler des frais de traduction des documents (entre 20 et 40 $ selon le type de document). Au bout de huit mois et après avoir cherché un boulot sur place via les annonces, j'ai dû me résigner à n'y retourner qu'en vacances... mais il ne faut jamais dire jamais, car il existe une multitude de visas pour la Nouvelle-Zélande : entrepreneur, investisseur...
Guillaume : En attendant, j'ai vu que tu avais entrepris de raconter ton dernier voyage sur ton nouveau site Internet. Les premiers articles sont passionnants et ce n'est qu'un début ! Je te remercie mille fois d'avoir accepté de répondre à mes questions !
La question du budget devait être abordée dans cette interview, mais le sujet bien que hautement intéressant était trop complexe à traiter dans un seul entretien. Nul doute que ce contenu exceptionnel se retrouvera sur le site de Nathalie, alors si vous préparez votre séjour en Nouvelle-Zélande, vous savez où aller...